Elle s’appelait Claudia

Cette lettre a été publiée dans le Journal de Montréal le 24 février 2024

Elle s’appelait Claudia

26 janvier 2024 : une intervention des services d’urgence à la station Jean-Talon cause une interruption de service. La STM reste discrète sur la nature exacte de l’évènement.

Claudia, quarantaine, en état d’itinérance, toxicomane. Décédée en tombant devant le métro… dans l’anonymat.

Un accident évitable?

Parce que, malheureusement, les stations de métro sont devenues un dernier refuge pour les personnes souffrant d’itinérance. L’itinérance visible s’y cache, s’y réfugie par manque de place, oui, mais surtout par manque de places adaptées et de soins compréhensifs spécialisés. Parce que tant qu’on ne verra pas l’itinérance comme un état de santé, de santé relationnelle, le nombre de personnes en état d’itinérance continuera d’augmenter et des drames comme celui-ci se répéteront.

Parce que oui, l’état d’itinérance est un problème de santé relationnelle grave causé par la violence et l’état de stress post-traumatique, qui a besoin d’être soigné et guéri. L’état d’itinérance est le résultat extrême de la violence qui blesse et traumatise, et mène à la déconnexion, à l’exclusion. C’est un état dissociatif relationnel chronique de survie.

L’état d’itinérance non soigné amène chez les personnes – des êtres humains – qui en souffrent, son lot de grandes problématiques de santé mentale, de toxicomanie et de désaffiliation. Des conséquences de profondes et grandes souffrances, de solitude, de vulnérabilité et d’abandon, souvent tristement portées depuis l’enfance, qui font tout perdre, jusqu’à se retrouver à survivre dans la rue… et à se terrer dans le métro. Pourtant, cette extrême détérioration personnelle et sociale n’est que le symptôme d’une santé relationnelle brisée par des blessures relationnelles qui ne demandent qu’à être comprises, reconnues et soignées. Et en attendant ces soins… l’automédication par drogues, alcool et autres, anesthésie la détresse liée aux traumas.

Était-ce un accident évitable?

Une femme souffrant d’itinérance, en état de consommation, qui s’était réfugiée dans le métro Jean-Talon pour fuir le froid, la solitude, l’invisibilité et la violence est décédée en tombant accidentellement devant le métro. À défaut de soins relationnels adéquats.

L’interruption de service au métro Jean-Talon le 26 janvier 2024 s’appelait Claudia.

Léonie Couture, présidente fondatrice de La rue des Femmes
et Ann-Gaël Whiteman, coordonnatrice de la maison Jacqueline