Rencontre avec Célia, coordonnatrice à l’intervention de la maison Olga

Portraits
Célia - portrait

Un jour, Célia s’est pointée à la maison Olga avec son cv. en main. Sans expérience directe avec les femmes en état d’itinérance, mais avec un baluchon bien rempli de bénévolat dans une association française pour la défense des droits des étrangers et un profond désir d’avoir un travail « qui fait du sens ». C’est la directrice clinique de La rue des Femmes qui l’accueille en s’exclamant : « Il n’y a pas de hasard : on vient justement d’ouvrir une nouvelle maison il y a peu. »
C’était en février 2016.

« Je suis venue à Montréal avec une amie qui, via l’Office franco-québécois pour la jeunesse, allait faire son service civique à La rue des Femmes. Moi, j’avais un permis de travail. La façon dont elle me parlait de son expérience à La rue des Femmes m’a donné le goût d’y aller. J’aimais tout le cheminement personnel que ce travail invitait à faire. »

Cheminement personnel
D’abord intervenante à la maison Jacqueline, puis à la maison Olga, Célia est, depuis maintenant deux ans, coordonnatrice à l’intervention, des activités du centre de jour et de l’accueil de la maison Olga. « Dis juste coordonnatrice à l’intervention, c’est moins long! » dit-elle dans un léger rire.

Voilà qui donnait le ton à notre entretien : entre légèreté, douceur et humilité. Elle dira d’ailleurs que « cultiver la légèreté est primordial » dans son travail, mais également dans la vie en général. Bien sûr, il faut prendre la souffrance – celle de l’Autre et la nôtre – au sérieux, mais il ne faut pas la laisser nous happer, prendre toute la place.

« Dans la journée, je m’efforce toujours de trouver des moments de beauté. Et ces pépites d’or, elles sont là, partout! Ça peut être des moments cocasses. Tous les jours, avec mes collègues ou avec les participantes, il y a des moments où j’ai pleinement conscience de toucher à quelque chose de plus grand que moi. »

« Il n’y a pas de recette toute faite »
Dans les témoignages de participantes que j’ai entendus, une chose revient tout le temps : La rue des Femmes est unique; elle est comme une deuxième famille. Lorsque je fais part à Célia de ces propos, elle me répond que c’est « l’esprit de la maison ». La chaleur humaine, présente dans ses moindres coins et recoins, fait en sorte qu’on s’y sent chez soi.

« C’est un esprit qu’on cultive. C’est l’ouverture à l’Autre…  Si tu es dans le jugement, ça crée une distance avec la personne, et ça aussi, ça se sent. Ici, on accueille la femme, on reconnaît ses blessures. On est dans l’écoute et dans la présence pleine et entière à l’Autre. »

Et pour faciliter cette présence pleine et entière à l’Autre, il y a des rencontres d’équipe et des suivis individuels pendant lesquel·les les intervenantes peuvent discuter d’un cas particulier ou d’une expérience qui a réactivé quelque chose en elles… car il ne faut pas oublier que l’outil premier, en intervention, c’est la personne qui fait l’intervention. C’est cette dernière, avec tout son être et tout son bagage de vie, qui agit ou réagit face à une situation.

« En relation d’aide, il n’y a pas de recette toute faite. L’humain est constamment en évolution, donc notre relation à l’Autre l’est aussi. Elle n’est pas figée; c’est comme une danse. »

Comment faire alors pour être certaine de faire ou dire la bonne chose, au bon moment?

« Il y a quelque chose qui est de l’ordre du senti. Tu le sens, par exemple, si tu dois rester près d’une femme ou lui laisser de l’espace. Plus tu te fais confiance, plus tu te connais, plus tes interventions auprès des femmes seront justes. »

Plus qu’un simple travail
En cognant humblement à la porte de la maison Olga pour offrir ses services, Célia cherchait plus qu’un métier à exercer : elle voulait un travail qui ait du sens, ou il y avait une profondeur, ou les gens et les situations étaient traités avec plus de sacré et de respect. Après quelques années au service de l’Autre, à prendre soin, elle réalise qu’elle a beaucoup appris sur elle-même et grandi : elle est plus sûre d’elle. Plus affirmée.

« Au niveau personnel, je me sens remplie à l’intérieur. J’ai gagné en confiance. Je me connais beaucoup mieux qu’à mon arrivée, en 2016. C’est un cheminement constant. On travaille perpétuellement sur soi-même. » Et cette meilleure connaissance d’elle l’aide, elle en est convaincue, à être plus présente à la femme devant elle.

« Ce qui est important, c’est d’écouter la femme. D’être présente, parfois, c’est juste ça, l’écouter. Être là. Point. »

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