Mourir de l’itinérance… dehors

Ann-Gaël Whiteman
Lettres d'opinion Santé relationnelle

Je suis, comme je vis, et comme je meurs.

Combien d’hommes et de femmes en état d’itinérance doivent mourir dans la rue par manque de place en lits d’urgence? En 2021, le manque de places sécuritaires et humanisantes pour ces personnes qui font parties du Nous est plus criant que jamais.

Le 17 novembre 2021, Elisapie Pootoogook, femme Inuit de 61 ans est retrouvée morte là où elle pensait pouvoir dormir et passer la nuit, à même le sol, dehors, près d’un chantier de construction d’un immeuble à condos.

Quelle ironie du sort…. Mourir de l’itinérance sur le site de futurs logements. Impossible de ne pas se souvenir du décès de Raphaël André lui aussi mort de l’itinérance en janvier dernier, pour les mêmes raisons. Vivre dans la rue n’est pas un choix, ni une option; y mourir non plus.

C’est l’horrible réalité du manque de places en lit d’urgence. Troquer des lits d’urgence pour des places assises dans les haltes-chaleurs (sans en diminuer leur utilité et nécessité) reste une détérioration des services offerts à ces citoyens déjà lourdement marqués de profondes souffrances. Elisapie et Raphaël sont tous deux morts près des services d’accueil qu’ils utilisaient, qu’ils appréciaient; là où ils se sentaient en sécurité.

Aujourd’hui, La rue des Femmes dénonce et pleure le décès d’Elisapie, femme, fille, mère, porteuse de la mémoire ancestrale de notre pays et histoire. Et c’est dans notre société moderne qu’elle est morte, dans le froid de l’itinérance de notre si belle ville qu’est Montréal. Vivre en état d’itinérance… pour en mourir. À cause d’un lit manquant. Un simple lit… pas si simple finalement.

L’état d’itinérance prend sa source dans les traumas du développement, donc dans la plus tendre enfance. Pour La rue des Femmes, le concept de la santé relationnelle est essentiel à la reconnaissance, compréhension et guérison de l’itinérance. Parce que oui, l’itinérance doit être guérie avant d’être dirigée. Et guérir commence par la réponse en toute sécurité des besoins vitaux de base, soit un lit.

Guérir l’état d’itinérance, c’est ne pas en mourir dehors, sur le bitume froid et seul…. Par manque de lits d’urgence.

Ann-Gaël Whiteman
Coordonnatrice de la Maison Jacqueline
Conseillère en développement en santé relationnelle

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