Itinérance : des personnes prisonnières de leur traumatisme

Léonie Couture
Lettres d'opinion Santé relationnelle

Le mercredi 7 mars 2018, la Ville de Montréal a présenté son plan d’action en itinérance 2018-2020. Nous félicitons la mairesse Valérie Plante et son équipe pour ce plan ambitieux et inclusif, dont le nom nous a évidemment inspirées : « Parce que la rue a différents visages ». Un plan qui prend en compte les différents types d’itinérance (situationnelle, cyclique, chronique et cachée) et la diversité des personnes touchées (femmes, hommes, anciens combattants, jeunes, personnes issues de l’immigration, Autochtones et personnes de la communauté LGBTQ).

Un plan en itinérance qui aborde le Qui, le Quand, le Comment et le Quoi… mais qu’en est-il du Pourquoi?

Pourquoi l’itinérance existe-t-elle dans nos sociétés? Au-delà des problèmes économiques et du logement, qu’est-ce qui plonge plus de 3 000 personnes dans des difficultés extrêmes les obligeant à vivre dans la rue ou dans des logements transitoires? Pourquoi ces personnes se retrouvent-elles « mal prises » à ce point? Sur une période de temps, parfois très longue, elles ont tout perdu : enfants, santé, travail, famille, amis, logement… et la liste continue.

La Ville de Montréal a très justement parlé de « processus de désaffiliation sociale ». À La rue des Femmes, nous parlons aussi de « déconnexion relationnelle à soi et aux autres ». Cette déconnexion fait partie du processus de survie à la violence extrême, par exemple, l’abus physique, le viol, et l’abandon, qui souvent mène les personnes survivantes à l’état de stress post-traumatique complexe chronique, et même à l’état d’itinérance.

Elles sont prisonnières de leur traumatisme. Ces personnes sont non seulement dans une situation critique, mais elles sont surtout dans un état critique. Elles sont en état d’itinérance.

Alors, comment aider ces personnes profondément blessées? Avec un abri? Certainement. Mais avant tout, avec des soins. Des soins de santé relationnelle, des activités de réadaptation, des suivis réguliers avec des intervenant.es et des psychologues qui leur permettront de se libérer de leur traumatisme et de se réintégrer progressivement, non sans difficulté, dans la société.

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) a d’ailleurs indiqué dans une mesure de son plan d’action intersectoriel en itinérance qu’il fallait « favoriser un meilleur dépistage du trouble de stress post-traumatique et une plus grande considération de l’ensemble des conséquences des traumatismes et des violences multiples vécus chez les femmes en situation d’itinérance (…). » Cela rejoint également les hommes qui sont, eux aussi, touchés par l’itinérance. Premier pas vers les soins nécessaires, cette mesure nous a grandement réjouies.

La Ville de Montréal fait preuve d’une grande ouverture d’esprit en souhaitant poursuivre, de concert avec différentes institutions, le développement de la connaissance du phénomène complexe de l’itinérance. La rue des Femmes, avec les autres partenaires communautaires, sera heureuse de lui offrir son entière collaboration. Parce que c’est ensemble que nous pourrons travailler à libérer toutes ces personnes, survivantes et prisonnières de leur traumatisme, et répondre à cette question essentielle du pourquoi de l’itinérance.

Léonie Couture
Présidente fondatrice et directrice générale de La rue des Femmes

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